Samedi 02 09

« Les antidépresseurs mettront à peu près deux semaines pour se faire réellement sentir. Ensuite quand vous le voudrez il faudra revenir pour qu’on programme l’arrêt. » Ainsi avait parlé le médecin la semaine passée. Derrière son gros bureau en bois où il écrit encore avec une feuille de buvard sous son ordonnance je me demande si il répète cette phrase plusieurs fois par jour. Pourquoi prescrire de la drogue alors qu’il pourrait me dire : « Voilà un certificat, foutez le camps deux semaines écouter les vagues ou le silence d’une foret et quand vous vous arrêterez vous ne vous serez pas rendu compte que vous étiez « malade » ?

Je me demandais ce matin dans mon lit comment on n’en arrivait là. Comment quelqu’un qui a un job, un appartement, un chouette voiture, des amis, une fille super, doit-il se rabattre sur de la chimie pour savoir sourire ?

Piteusement parce que quelqu’un ou quelque chose lui manque. Alors je pourrai pleurer, crier, râler, me suicider ou que sais-je ?

Il me plairait de t’écrire,
Car tu es loin de moi mon amour martyre.
On a tous vécu l’expérience
Que l’amour se renforce en l’absence.

Mais tout ça ce sont des conneries. Aujourd’hui il me faut grandir et ne plus fuir. J’ai été heureux avant, (très) heureux pendant, pas de raison que je ne le sois plus un jour. Et même peut-être qu’on se reparlera comme les meilleurs amis du monde ? Peut-être oui.

Ce soir un petit verre sympa et puis cinéma. Après je commence à écrire une petite nouvelle en espérant 50 pages. Plus de plaintes, plus qu’une histoire que j’inventerai chaque soir.

 

 

 

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Le dernier espoir

euLa journée avait commencé d’une manière pas très agréable. Le train de ce matin supprimé, trente minutes pour le suivant, ma fille à l’hôpital sans moi et la sensation que ça va durer. Si j’avais su. Pourtant le reste de la journée s’est relativement bien passé. Job dans une phase agréable d’apprentissage, blagues entre collègues, bref une journée qualifiable de bonne.

Ma fille est sortie avec quatre énormes dents en moins et elle va bien.

Je me décide à écrire quelque mots avant de m’endormir pour me faire du bien, certain diront du mal, et je cherche une musique inspirante. Purée c’est « Everybody’s Got To Learn Sometime ». Mais ce n’est pas vrai ! Cette machine froide me conseille de changer mon coeur, de regarder autour de moi, de me laisser m’étonner de la vie. « J’ai besoin d’aimer » annonce le chanteur. Mais quel génie putain, quel génie. Mais ferme ta gueule.

Bref, ce soir, par hasard, une petite voix venue d’un réseau social (merci ‘A‘) m’a mis une jolie tape dans la tronche, un coup de pied au cul magistral. Je suis obligé de lui dire merci. Mais un merci qu’on ferait à son oncologue  qui vous ferait signe de la tête en vous tenant la main, que, oui, ça y est, c’est fini, avec le contenu de cette seringue la souffrance, la douleur va s’en aller, disparaitre. Le pire des mercis.

C’est la première fois que j’entends clairement d’une source sûre que mes sentiments sont comme les eaux claires d’une rivière, ils ne coulent que dans une seule direction et de plus l’aval de la rivière est un égout d’hypocrisies sans fond. Clairement ça m’arrache littéralement des larmes sur l’instant. Même pas le temps de souffler et le deuxième coup arrive comme un coup de pied de cheval dans le ventre. Mais comment ai-je pu tomber si bas ? J’ai honte.

Je ne peux même plus écrire maintenant sur ce que je ressens(tais?) pour elle, pour ma raison de tenir si loin de là-bas. Elle, absente pour toujours, de ma petite vie et maintenant je dois la chasser de ma tête de con, de moins que rien. Qui suis-je si je ne suis rien pour elle ? Je vais vous le dire, rien, une merde. Et je ne serai rien pendant longtemps. Putain de longtemps. Je devrais m’excuser de lui avoir dit chaque matin qu’elle était importante pour quelqu’un et tellement belle. Oui je devrais parce que ça l’emmerdait. Mais je ne le ferai pas, je le pensais avec chaque atomes de chaque cellules de ce qui fait de moi qui je suis bordel. Ho oui je le pensais et je me force à ne plus écrire au présent.

Je dois bien finir ce petit blog mais je n’y arrive pas. J’ai exposé ma vie, mes sentiments et surtout mes faiblesses pendant quelque jour. Je ne vais pas arrêter sur un « Salut mon journal, merci d’avoir été là« .  C’est pourtant c’est ce que je vais faire. Je n’ai plus de souffle, plus de muse, plus d’inspiration, plus coeur. Maintenant, plus de poème, plus de sentiment, plus de parabole, plus que du banal. Je l’ai aimé tellement mal.

Dernière outrage à sa vie privée qu’elle lira et pardonnera j’espère. Putain tu m’arraches à toi, à vous et on m’arrache à la vie terrestre « F♥« .

Jean-Marc Dal ∞


 

Un 30 Août 2 mille 10 sept

La pluie ne tombe pas ce soir. Elle est projetée au sol avec une force invisible qui semble se déchaîner de plus belle après chaque accalmie.

Les flaques d’eau de pluie semblent danser sur le rythme d’une musique secrète ancestrale que l’homme aujourd’hui semble ne plus entendre. Les gouttes tombent au sol dans un claquement crû et ensemble se mêlent à un tapis brillant, miroir liquide reflétant les lumières nocturnes de cette nuit à la chaleur lourde du mois d’août.

Je me laisse aller comme ces rivières de pluie qui se laissent guider par la surface du sol, sans choisir, sans réfléchir, sans agir. Je n’ai pas honte de le clamer chaque soir, chaque nuit qu’elle me manque. L’intelligence brillante de son regard, le bout de sa langue délicate sur mes lèvres,  les frissons quand ma langue goûte doucement la sienne, mes mains qui se referment sur ses poignets, la folle sensation de l’odeur de son cou pendant mes baisers passionnés, la douceur de ses cheveux qui s’emmêlent dans mes doigts, l’incroyable compatibilité de mes mains et de ses hanches. Elle est si légère, si belle. Je lui dirai bien que je crève, que j’ai l’impression de me noyer de ne pas pouvoir la toucher mais à quoi bon. Séparé par quelques heures, quelques kilos de bitume, à peine quelque cours d’eau je me sens impuissant, incapable de la convaincre. Je n’aurai pas plus facile si je devais changer l’orbite de la lune ou si je devais briser une tonne de granit à main nue.

Ah si elle m’invitait à nouveau à partager un seul de ces instants peut-être comprendrait-elle que peut-être je suis celui-là ? Je peux me faire plombier, cow-boy, brute, super-héros, tendre, médecin, ami, amant, gardien de ses lieux, poète, boxeur ou tendresse.

Mais c’est comme ça. Comme un mutilé au combat je me dois rentrer chez moi regrettant d’avoir survécu à ce combat.

Demain à l’aube déjà, mon amour se tiendra sous sa fenêtre mais comme un fantôme invisible personne n’y prêtera attention et il s’en ira d’où il est venu me nourrir de tristes nouvelles. Je pourrai lui envoyer un signe. Demain elle croisera peut-être un animal perdu apeuré qui quémandera quelques caresses ou juste un regard même par hasard. Je ne vaudrai pas plus que lui. Je ne serai pas plus fier que cette chose perdue.

Si vous saviez comme on pleure seul dans un foyer sans être aimé vous auriez parfois la tendresse, devant chez moi, de simplement passer me réchauffer.

Je ne crois en rien de divin et pourtant je prie pour un signe. Je finira seul en brisant des mots, souffrant mes maux sans les chanter car je sentirais à les dire plus de douleur qu’à les porter. Ackermann L.

 

 

 

 

 

 

Un mardi 29 Août deux 1000 dix-sept

Pendant que mon cerveau reconstruit la mélodie de « T’as pas de chance, elle pense quand elle danse, elle pense à lui et à toi aussi. » à partir des vagues d’ondes sonores balancées par mon Macbook pro, je pense à ces milliards de grains de sable qui nous entouraient. Je pense à ses millions de millions de tonnes d’eau salée qui nous berçaient de leur musique rythmée par la marée et le ressac de ces vagues majestueuses. Je revois le soleil dorer sa peau au goût de noisette et de miel. Ses merveilleuses jambes interminables s’offrent aux piqûres de notre étoile et moi je contemple sans pouvoir concurrencer. Une vague meurt un peu plus loin.

La chanson continue et le chanteur me conseille : « Secoue ta tête fieu avant de tomber amoureux, t’as pas chance, elle pense quand elle danse, elle pense à lui mais elle pense à toi. »

Je m’imagine à côté de ce chanteur, sur scène mais c’est moi qu’elle aime. Je sais que ce mec super connu, super charismatique la regarde mais c’est moi qu’elle aime. C’est dans mes cheveux que ses doigts s’enfonceront ce soir, c’est sur mon corps tel qu’il est que ses mains se promèneront pour mon plaisir, c’est sur mes lèvres que les siennes si merveilleusement douces et chaudes se poseront, c’est dans mes yeux que ses yeux de fluorite se fixeront et enfin c’est dans mains que ses doigts se refermeront dans un soupir d’abandon.

Elle est une merveille que peu de personnes sont capables de saisir. Dans mon malheur j’ai une chance extraordinaire. Je finirai ma vie avec mon étoile dans la tête, tout le temps. Que je sois avec une autre, que je sois nu avec une autre, que je promette à une autre, que cette autre et moi serions en train de jouir ensemble, cette autre ne sera jamais que la numéro deux. Quelle chance, quelle force de savoir qu’on a trouvé celle que la vie te réservait. Quel délicieux moment qu’est celui de l’attente. Un an ? Trois ans ? Dix ans ? Peu importe, c’est elle et j’emmerde le monde entier. Je serai plus fort que le monde entier s’il se dressait devant nous.

Tout aurait pu être si parfait si cette chance eut été partagée mais voilà. Elle ne l’est pas, ne l’a peut-être réellement jamais été.

Je m’en veux tellement de ne pas avoir saisi ma chance, de ne pas avoir compris. J’ai eu mille chances, milles instants et je n’ai écouté que ma peur. Je mériterais qu’on m’arrache les couilles tellement je me sens peu « homme ».

J’envie tellement les coqs qui s’affichent dans des draps de sureté et de prétention. Je m’en veux de me poser sans cesse la question de savoir si, si, si et si…

Changement de chanson, même interprète. « Je suis tombé amoureux d’une femme qui n’est pas ma femme. Ne dites pas ça à ma femme, elle parle de trop. »

Je suis tombé amoureux d’une femme qui n’est pas ma femme ni mon amoureuse et j’aurai préféré une maladie incurable car j’aurai la certitude d’une fin programmée.

Une autre chanson : « Voir un ami pleurer. »

Je l’aime tellement que je me sens ridicule.

 

 

Dimanche 27 Août

Alors que le vendredi avait semblé s’étirer sur plusieurs jours tant il ne passait pas, j’attendais avec peu d’excitations le week-end qui est tellement attendu par tout un chacun. Pas de fille avant dimanche, la perspective des tâches ménagères ne m’excitait pas beaucoup. La fin d’avant-midi avait été légèrement coupée par deux petits messages tout simples mais suffisant pour faire naitre un léger sourire aux commissures de mes lèvres. La journée passa et enfin le train me déposa à Ecaussinnes. Coup de fil à ma fille pour voir si tout va bien à Ostende, coup de fil à mes parents pour ne pas être le mauvais fils qui n’appelle jamais et me voilà hésitant. Appartement de merde ou bistro ? Pour une fois je me décide pour l’appartement. Il est temps de mettre de l’ordre dans ma vie qui part en vrille comme si mes décisions, mes choix et ma volonté étaient emportés par une tornade de mauvaises excuses.

La porte claque derrière moi. L’endroit est vide, froid et l’oiseau a réussi à sortir la moitié de sa nourriture de la cage pour en faire un tapis de saletés par terre. Mon coussin de la veille est toujours sur le divan qui me sert de lit et la couette pend sur le dos du fauteuil comme une chose morte. La bouteille d’eau de la nuit est tombée par terre et se trouve juste dans la trajectoire du soleil. Elle doit être bonne pour l’évier. Quelle vie de merde. Du petit balcon j’entends des enfoirés écouter de la musique où le chanteur essaierai de vomir sur son micro devant son public. Le propriétaire de la voiture (en tout cas celui qui est au volant et fait écouter cette chose aux autres) n’a pas l’air plus propre que le résultat de ma dernière diarrhée.

Je vais oublier ça sous une douche chaude en respirant l’odeur rassurante du shampoing et du bain douche. Même pas envie de me masturber. Ca fait maintenant des semaines que plus rien ne me fait bander ou même envie. Peut-être que je devrai en parler à un médecin comme de cette sensation désagréable que tout serait mieux si je n’étais plus là. J’en profiterai aussi lui dire que je passe quelque nuits blanches à penser à ce que je vais faire de ma deuxième moitié de vie que j’entame bien mal et à ce que ma fille va retirer d’un père comme moi.

Tant pis putain. Direction Eric. Là-bas pas de prise de tête sérieuses. Bien entendu sous l’assaut des bières et de l’alcool il arrive qu’une tension apparaissent entre deux « trou-du-cul » mais ça ne dure jamais bien longtemps. Bien tristement chacun tire à boulet rouge sur les absents et je m’amuse à imaginer ce qui se dit sur moi quand je ne suis pas là. J’ai eu quelques échos qui m’ont fait sourire. Un Patrick m’appelle « le petit connard de mes couilles « (jalousie?), un autre « la star de mes deux » (surement un frustré). Je remarque en tout cas à propos des surnoms que j’inspire : ça touche leur parties génitales. Ils seraient peut-être heureux de se les toucher entre eux ?

J’en ai assez vu et je rentre chez moi en me disant que je ne finirai pas comme eux. Même si j’ai une vraie et sincère sympathie pour la plupart des gens qui y sont. Ils sont comme moi. Paumés. S’ils sont seuls ils y cherchent un mot, une main tendue, un artefact de famille. S’ils ne sont pas seuls alors ils doivent avoir une vie de couple bien triste pour passer leur soirée là.

Je rentre chez moi assommé par la culpabilité d’avoir encore trop bu. Je m’endors habillé.

Samedi je me lève avec l’impression d’avoir mangé du sable la veille et que les griffes d’un Godzilla fantôme essaient de m’écraser la boite crânienne pour faire sortir mes yeux de leur emplacements. J’ai dû me lever de la nuit car je suis nu. J’espère que les vieilles en face n’ont pas de jumelles. Deux aspirines, un antidépresseur, un café fort, un yaourt et hop à la douche. Aujourd’hui rangement de l’appartement. Et là c’est l’erreur. Je me dis que je vais prendre encore cinq minutes et je vais faire un tour sur facebook. « Vous avez une vidéo enregistrée. Voulez-vous la voir ? » -> Oui. Zut, c’est elle qui se balance dans un hamac. Si une musique devait être aussi douce qu’elle, elle serait le chant d’un oiseau qui déclare son amour à sa dulcinée. Si une arme devait détruire toute volonté cette arme serait ses yeux. Je pense soudain à demander aux Nations Unie de ratifier un traité qui l’interdise de sourire. Mais ses baisers sont des baumes magiques qui guérissent de tout donc attendons un peu avant la paperasse.

Aujourd’hui je me sens un peu mieux. Je pense même que j’aurai la force d’entendre sa voix sans que ça me fasse mal. Je pense même que je pourrai la faire rire. Ce soir pas d’envolée lyriques, ce soir je ne me sens plus triste, seulement vide de tout.

Un jour je remplirai ce vide avec l’invisible puissance d’un amour passionné.

Dimanche 22:38. Dodo. Dors bien muse de mes passions.

 

 

Un bête jeudi

Cher journal,

Je n’ai pas grand chose à te raconter ce soir. Ce jour est un jour de perdu. Après quatre jours de pseudo victoire la force m’a manqué. Je me déçois moi-même et bien entendu je prends pour moi. Je réponds de toutes façons par des « non merci » aux appels de ces sites de rencontre de merde qui ne sont finalement qu’un marché de viande.

Pourquoi ? Parce que jamais (en tout cas pas dans les semaines qui viennent) je ne me sentirai disponible ni attiré. Comment après avoir passé des nuits au Ritz pourrait-on avoir envie de faire une sieste dans un F1 au bord d’un parc industriel ?

Quand j’étais un gamin bercé par les Avengers et les magazines de super héros je me rêvais en torche humaine, en Iron Man, en Spiderman, en Serval pour montré au monde qui j’étais, être admiré et aimé.

Aujourd’hui à 47 ans qu’ai-je récolté ? Même pas un cancer, même pas de quoi méditer sur le gâchis de ma vie. Rien. Le vide intersidéral du surfer d’argent.

Je pourrai facilement imputé ça à un morceau de tissu ressemblant à un hamac ce balançant au rythme lancinant de la rotation de la terre. Oui je pourrais si je voulais.

Mais non. Je me contenterai de me remémorer la fille quelque peu grivoise aux baisers au goût de framboise. Ses yeux étaient les phares de mes nuits éperdues et son sourire la galaxie d’étoiles qui me guidait dans le noir de mon existence. Mais aujourd’hui, parmi mes amis de pacotille à quoi bon être un voile noir dans une nuit d’encre ?

Si j’étais elle je préférerais mourir que d’être aimée par quelqu’un comme moi. Si j’étais elle je me sentirais le droit d’avoir honte d’être la muse de mes sursis, je me sentirais gênée d’avoir partagé ces merveilleux moments avec moi.

Demain c’est la fin de la semaine. Sur quatre amis qui venaient avec moi à Namur pour les apéritifs Namurois, seul quatre m’ont annoncé que finalement ils ne viendraient pas parce que blabla. Donc je resterai chez moi, je gagnerai de l’argent et de la santé.

Elle ne manque plus du tout. Je vais juste dormir dans une toile noire, jaune, rouge qui l’enveloppe comme mes caresses auraient pu un jour le faire.

J’espère que comme les cendres de braises d’un feu qui se consume mon coeur en morceaux s’envolera jusqu’à là-bas.

Je vous hais comme je vous aime.

 

 

 

Casting Anvers – Part III

Cher journal,

Aujourd’hui une journée bien remplie et enrichissante. Je suis allé à un casting chez Joséphine à Anvers. On commence à se connaitre et aujourd’hui j’ai eu droit à une bise plutôt qu’à la poignée de main. On discute avant le casting, on se mets à l’aise pour une fois avant le boulot. Jessica, ma partenaire pour cette scène (une comédienne pro qui revient d’un tournage en Italie) est aussi gentille, compréhensible qu’elle est belle. Je suis touché par cette jeune fille qui me raconte que depuis toute petite elle sent dans son fort intérieur qu’elle veut jouer la comédie. Elle dit qu’elle n’a l’impression de ne pouvoir vivre que quand elle est sur scène ou devant une caméra. Elle m’explique que quand elle est sur une scène, au théâtre, elle sent les gens et la salle. Hum. La pauvre.

Ensuite, ça commence. Présentation face caméra et hop action. Les prises se passent bien. On rit tous les deux puis on amène le mec avec la perche de la prise de sons et les deux mecs caméra avec nous. La directrice casting dit qu’elle espère qu’on sera pris ensemble tellement elle aime notre complicité. On fini les prises après six ou sept scènes identiques et on souffle. En discutant dehors avec sa cigarette on partage tout les deux l’impression d’avoir bien fait. C’est déjà ça.

Joséphine me remercie dans l’étreinte de ses bras tatoués et dans ses yeux d’émeraude puis je m’en vais.

Quel moment génial. J’aimerai tellement que les gens que j’aime et qui aiment ça, vivent cette expérience. Je pense à Mickaël, à Marc et Martine, à Carine, à Jo(rgette) et à la troupe en général.

Il me manquait mon porte bonheur matériel et ma raison de vouloir être pris. Je voudrai simplement qu’elle soit fière de moi. Ok amoureuse je respecte et je ne lui demanderai plus jamais. On peut être amoureux que dans un sens. Tant pis si ça fait mal tant que ça ne touche pas au bien être de l’autre. J’aurai voulu croiser ses magnifiques yeux avant chaque « Silence, sons, ok ? Action ». J’aurai voulu son sourire et son clin d’oeil après chaque « OK stop ! C’était super mais on la refait avec plus de.. moins de… » J’aurai voulu qu’on me prenne dans des bras en sortant libérer l’adrénaline.

Mais c’est ainsi. J’attendrai la réponse pour mardi même si je sais que j’ai peu de chance devant des gens dont c’est le métier.

J’étais porté par les encouragements de mes amis pendant la journée et par la malade idée que quelqu’un plus loin désirait que je « catch the job ». Mais j’appellerai ça l’auto-motivation.

Elle me manque un peu parfois.

Jour 2 (presque)

Je pense que je vais commencer par « Cher journal » à partir d’aujourd’hui. J’aurai l’impression de m’adresser à quelqu’un. Ok c’est ridicule mais je le sens bien alors…

Cher journal,

Merci de m’écouter chaque soir quand j’ai envie de me confier au monde. C’est vrai, les amis ne sont pas là pour ça, c’est vrai, c’est vrai. Aujourd’hui c’est presque le deuxième jour. Encore quelques heures et j’aurai passé cette journée. Je pensais que ce serait de plus en plus facile mais au contraire c’était plus dur que hier. Peut-être le même principe qu’un sevrage de drogue ? Je pense que je pourrai bientôt écrire un bouquin sur les comparaisons à la con.

Je suis toujours partagé entre la honte, la colère et la tristesse. C’est pathétique. Force est de constater qu’elles ont eu raison de me quitter. Je suis certainement invivable. Si je ne me trouve aucune qualité par rapport aux autres mâles qui m’entourent, ou que je vois, je ne vois aucune raison pour que quelqu’un d’autre m’en trouve. Qui a dit : « N’essaie pas d’être quelqu’un d’autre, ce quelqu’un occupe déjà la place. » ? Je ne sais plus mais il a raison. Seulement j’ai l’impression que quelqu’un occupe ma place.

Aujourd’hui je me suis battu contre moi même la plus grande partie de la journée. Mon implication dans mon job s’en ressent mais j’ai le sentiment de m’en sortir quand même.

Heureusement j’ai des amis et des amies qui me soutiennent et m’engueulent.

Voilà j’ai fini mon Calimero’s show et j’annonce au monde entier que je n’ai plus rien à dire. Je suis une bête. Il ne m’a fallu que quelque jours pour m’en sortir. Fini les extrapolations amoureuses, les paraboles à la con et bienvenue au king du rire, à la légende des zygomatiques.

J’ose dire que si je n’avais pas craqué pour une frites andalouse et deux bières je serais content de ma journée. Ce sera pour demain. Ouaip, pour demain.

Elle me manque.

L’autre premier jour

On a tous vécu une « première fois« . Il faudrait qu’on apprenne dès notre enfance que ces moments particuliers existes et sont importants.

Il y aurait la naissance, l’enfance, adolescence, etc et les premières fois. On s’y préparerait et on en profiterait.

Mais il y a aussi des premiers jours, des premières fois étranges car douloureuses et en même temps rassurantes ou en tout cas qui marquent différemment. Ma dernière première-fois, premier jour est d’une banalité stupéfiante. Mon premier jour depuis longtemps à me consacrer à me retenir de faire une simple chose, encourager ou essayer d’apporter un petit quelque chose. Première vingt-quatre heures à ne pas rester figé devant des photos comme un lapin pris dans le faisceau des phares d’une voiture.

Toute la journée a été une bataille contre moi même. Ce qui est cool c’est que j’ai gagné. C’est étrange mais on peut perdre contre sois même. Mais j’ai gagné. Alors combien de temps encore ? Le plus possible. Je comprends comme c’est peu agréable de recevoir chaque matin un message qui dit des choses (gentilles) qu’on ne veut pas entendre. Je n’aurai pas pensé que rappeler à quelqu’un que ce quelqu’un(e) est importante et belle pouvait devenir un cauchemar ou un facteur anxiogène. Je comprends maintenant et j’en suis vraiment désolé et gêné.

Donc mon dernier premier jour est passé. Le second passera aussi et ainsi de suite

 

Samedi 14:57

Pendant que les linges sèchent sur le balcon en se laissant balancer par le souffle d’un vent tiède je regarde dehors sans réellement savoir ce que mes yeux voient. Mes pensées s’envolaient portées par ce même vent d’été jusqu’à exploser comme une bulle de savon trop fragile pour monter trop haut. C’est plus dur chaque jour. L’absence est un engrais pour la mémoire. Mais la mémoire n’est pas une plante qui pousse quand on l’arrose. La mémoire est un chardon qui plante ses aiguilles partout pour grandir et s’accrocher aux souvenirs qui pourrissent vos journées.

Quand l’issue s’annonce de plus en plus à l’inverse de vos désirs il y a plusieurs façons de l’accueillir. La première est d’encore pleurer sur son sort et maudire le « destin », la vie, les autres, etc. Une autre est de se dire que finalement c’est peut-être le début d’une fin de souffrance et que, comme on dit, « ça va passer, bientôt ça ira mieux. » Une autre encore serait de se lever, se battre et se dire qu’on ne renonce pas. Mais celle-ci serait la plus mauvaise des décisions. Ce serait comme jeter de l’essence dans un feu qui commençait à mourir.

Je dis souvent que les regrets ça ne sert à rien, que ce qui est fait est fait. Pourtant aujourd’hui je regrette. Je regrette de ne pas avoir compris, je regrette de ne pas avoir parlé, je regrette d’être parti, je regrette d’avoir craqué pour les milliers de nuances de bleus de ces yeux. Peut-être qu’un regret c’est une lumière qui s’allume pour vous dire : »Hey ho, rappelles-toi mon vieux. Ne retombe pas dans le panneau. » Oui peut-être.

Heureusement j’ai encore une petite voix (merci à elle d’où qu’elle vienne) qui me dit de me lever et de sortir de chez moi.

Je vais l’écouter.